Dossier. Le Vatican.
Le 11 février 2009 ont été célébrés les 80 ans des accords du Latran qui créèrent, en 1939, le Vatican. Le plus petit État du monde assure l'indépendance temporelle de l'Église
catholique
Qu'est-ce que le Vatican
?
Dans l'Antiquité, l'Ager Vaticanus désignait, à Rome, la région marécageuse s'étendant sur la rive droite du Tibre, depuis la colline du Janicule jusqu'au pont Milvio. À
l'époque romaine, cette région, située en dehors de la ville, fut bonifiée et occupée par des villas, par les jardins d'Agrippine (mère de l'empereur Caligula) et de vastes nécropoles bâties le
long des artères principales. Dans les jardins de sa mère, Caligula construisit un petit cirque pour les entraînements d'auriges, que Néron fera agrandir : la tradition veut que saint Pierre y
ait été martyrisé. Il sera enterré non loin de là. Très vite, un culte lui est rendu sur ce qui est reconnu comme sa tombe. En 324, Constantin y fait établir une somptueuse
basilique.
Si les papes de l'Antiquité et du Moyen Âge habitent habituellement au Latran (de l'autre côté de Rome), une première résidence pontificale est construite au Vatican
vers l'an 800. Le bourg autour du Vatican va très vite être fortifié, servant de refuge aux papes quand Rome sera attaquée. Mais c'est au XIIe siècle qu'un véritable complexe commence
à être édifié autour de la basilique Saint-Pierre pour abriter des services de la Curie.
Il faut toutefois attendre le retour d'Avignon pour que les papes prennent l'habitude de résider au Vatican. À la Renaissance, la basilique constantinienne est détruite
pour faire place à l'actuelle basilique Saint-Pierre, puis ce sont l'ensemble des bâtiments actuels du Vatican qui sont peu à peu édifiés.
En 1984, l'ensemble de l'État de la Cité du Vatican a été inscrit par l'Unesco sur la liste du patrimoine mondial.
Pourquoi le pape a-t-il
besoin d'un État ?
L'État de la Cité du Vatican est l'héritier des États pontificaux disparus lors de l'unification italienne, à la fin du XIXe siècle. Le 20 septembre 1870,
Rome tombe aux mains des troupes italiennes et devient la capitale du royaume d'Italie. Pie IX s'enferme alors au Vatican où il se déclare prisonnier. Refusant la « loi des garanties
», votée par le Parlement italien pour garantir les prérogatives du Saint-Siège, ses successeurs ne quitteront plus les murs de la Cité du Vatican jusqu'aux accords du Latran. Signé le
11 février 1929 entre Mussolini et le cardinal Pietro Gasparri, secrétaire d'État de Pie XI, ce traité « reconnaît au Saint-Siège la pleine propriété et le pouvoir et la juridiction
exclusifs, absolus et souverains sur le Vatican » et crée l'État de la Cité du Vatican « pour des fins spéciales » (art. 3).
Le Vatican n'est pas un État comme les autres : sa finalité est technique, permettant au pape et à l'Église d'être indépendants de tout autre pouvoir temporel et
d'exercer leur mission en toute liberté. « Il manifeste la souveraineté du Siège apostolique en droit international et son indépendance par rapport à tout autre pouvoir institué », souligne
Joël-Benoît d'Onorio (1). Il ne doit donc pas être confondu avec le Saint-Siège, c'est-à-dire le pape en tant qu'il préside à l'unité de l'Église catholique. C'est d'ailleurs le Saint-Siège
qui est reconnu comme sujet du droit international et c'est auprès de lui, et non auprès du Vatican, que sont accrédités les ambassadeurs étrangers.
Si certains contestent au Vatican sa qualité d'État, soulignant la petitesse de ton territoire, l'absence de population ou de réelle souveraineté, le Vatican en
possède toutefois tous les attributs : bien qu'étant privé d'une ouverture maritime, il pourrait même avoir sa propre flotte, dont les navires arboreraient le pavillon (droit que le
Vatican n'exerce cependant pas actuellement)...
Comment fonctionne l'État
de la Cité du Vatican ?
Le Vatican est une monarchie absolue dont le souverain est le pape, auquel reviennent les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Il s'agit néanmoins d'un État de
droit qui dispose d'une Constitution : la Loi fondamentale, promulguée le 26 novembre 2000 par Jean-Paul II (remplaçant celle promulguée par Pie XII en 1929) et complétée par une «
loi sur le gouvernement » de 2002.
En pratique, le pape délègue ses pouvoirs. Le pouvoir législatif revient à une commission pontificale pour l'État de la Cité du Vatican, composée de six cardinaux, et
dont le président exerce aussi le pouvoir exécutif en tant que président du gouvernorat de l'État de la Cité du Vatican. Il est assisté pour cela d'un secrétaire général. Par ailleurs,
pour l'élaboration des projets de loi, la commission bénéficie de la collaboration d'un conseiller général et de conseillers d'État. C'est du gouvernorat que dépendent les différents services
techniques du Vatican, ainsi que les musées, principale ressource de l'État, ou encore l'observatoire. Quant au pouvoir judiciaire, il est exercé par un juge unique, un tribunal, une cour
d'appel et une cour de cassation.
Sur le plan spirituel, si le Vatican fait partie du diocèse de Rome, il relève d'un vicaire spécifique qui, depuis 1991, cumule ses fonctions avec celles d'archiprêtre
de la basilique Saint-Pierre.
SENEZE Nicolas
(1)
Dictionnaire historique de la papauté, article « État de la Cité du
Vatican
», Fayard, 1 759 p., 229 €.
REPÈRES
Superficie. 44 ha (le plus petit État du monde). Ses frontières correspondent aux
murailles du Vatican. En sont exclus : le Saint-Office et la salle Paul-VI, tandis que la place
Saint-Pierre, même si elle en fait partie, demeure sujette aux pouvoirs de police des autorités italiennes « qui s'arrêteront aux pieds des marches de l'escalier de la basilique », précisent les
accords du Latran.
Population. 824 personnes, dont 450 bénéficient de la citoyenneté vaticane. Celle-ci est
liée à l'exercice de fonctions au Vatican ou au Saint-Siège, et cesse avec elles. Elle peut également être attribuée au
conjoint et à la famille (ascendants, descendants et collatéraux directs) des fonctionnaires du Vatican
(les garçons en perdent les bénéfices à l'âge de 25 ans, les
filles au moment de leur mariage).
Langue. Italien. Mais le latin est la langue judiciaire et le français la langue
diplomatique : le Vatican s'inscrit comme État francophone aux organisations internationales auxquelles il
participe.
Drapeau. Deux champs verticaux : l'un jaune vers la hampe et l'autre blanc, portant sur
celui-ci les clés de saint Pierre surmontées de la tiare.
Hymne. La Marche pontificale, composée en 1869 par Charles Gounod (paroles d'Antonio
Allegra en 1949).
Monnaie. L'euro (depuis le 1er janvier 1999, avant la lire italienne). Le
Vatican peut frapper ses propres pièces, pour une valeur maximale d'un million d'euros
par an.
Budget. Excédentaire de 6,7 millions d'euros.
Gouvernement. Chef de l'État : Benoît XVI ; président de la commission pontificale pour
l'État de la Cité du Vatican et président du gouvernorat : cardinal Giovanni Lajolo (depuis 2006) ;
secrétaire général : Mgr Renato Boccardo (depuis 2005) ; vicaire de la Cité du Vatican et archiprêtre de la basilique vaticane : cardinal Angelo Comastri (depuis
2006).
Relations
internationales. Si le Saint-Siège s'occupe des
relations avec les États, le Vatican est membre de plusieurs organisations internationales techniques : Union postale
universelle, Union internationale des télécommunications, Organisation mondiale pour la propriété intellectuelle, Union pour la protection de la propriété industrielle, Intelsat,
Interpol...
Internet. Le Vatican dispose de son propre suffixe de nom de domaine (.va). On distingue le site du
Saint-Siège (www.vatican.va) de celui du Vatican (www.vaticanstate.va).