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(Marseille)

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Homélie
« Simon, fils de Jean, est-ce que tu m’aimes vraiment ? ». Ce « vraiment », qui vient à la troisième question, remue Pierre au plus profond de lui-même. « Pierre fut peiné parce que, pour la troisième fois, Il lui demandait : "Est-ce que tu m’aimes vraiment ?" ».
Ce « vraiment » résonne en lui, comme en nous désormais, comme la précision qui révèle l’amour réel, profond, que Dieu attend de notre part, et en même temps le risque de rester superficiel dans notre relation à Dieu. On peut dire « Je t’aime » un peu comme ça, ou le dire « vraiment » au point que ça engage toute notre vie.
« Est-ce que tu m’aimes vraiment ? »
C’est bien la question que le Seigneur vous pose aujourd’hui à vous deux, Nicolas et Guillaume : « Est-ce que tu m’aimes vraiment ? ».
Et Il vous la pose comme Il la pose à tout baptisé, mais de façon particulière et située, parce que vous désirez devenir prêtre et diacre. L’Eglise, qui accueille votre désir et le change en appel, vous renvoie cette question en ce jour. Tout à l’heure, j’ai demandé à Guillaume s’il voulait bien s’engager au célibat pour signifier le don de lui-même au Christ Seigneur, le don de tout lui-même pour s’unir au Christ vraiment, et servir le peuple de Dieu à la manière de Jésus. Et dans un instant, je demanderai à Nicolas s’il veut s’unir au « Souverain prêtre, Jésus-Christ, qui s’est offert pour nous à son Père en victime sans tache, et se consacrer à Dieu avec Lui pour le salut du genre humain ».
A la racine et au cœur du ministère ordonné, il y a cet amour de préférence pour le Christ. Ce n’est qu’après avoir posé cette question et obtenu le « oui » de Pierre, que Jésus ajoute « Sois le berger de mes brebis ». Pour être le berger de ses brebis et le faire à sa manière, il faut demeurer uni au Seigneur, demeurer disponible pour Lui afin qu’Il nous tienne bien disposé dans le ministère.
Chers frères prêtres, nous venons d’entrer dans une Année sacerdotale que le pape Benoît XVI nous propose à l’occasion du 150e anniversaire de la mort du curé d’Ars, afin que nous regardions où nous en sommes de notre suite du Christ, de notre sainteté, de notre sacerdoce, de notre fidélité. On peut bien employer le mot que l’on voudra. Il s’agit de se remettre devant le dialogue évangélique du Ressuscité avec Simon, au bord du lac. Ce dialogue a lieu après la résurrection de Jésus, après le reniement de Pierre, après la reprise de la vie quotidienne avec un peu plus de lassitude sûrement.
Le Seigneur Jésus réveille en nous l’amour et la joie du premier jour pour les plus anciens. D’ailleurs, un certain nombre fête ces jours-ci leur 50e ou 60e anniversaire d’ordination presbytérale. Il rappelle aux plus jeunes, comme aux plus anciens d’ailleurs, que le chemin passe parfois par des lieux, des épreuves, des missions qu’on n’aurait pas nécessairement choisis. « Un autre t’emmènera où tu ne voudrais pas aller. » Il sait de quoi Il parle le Seigneur Jésus ! Il fut conduit jusqu’à la croix pour nous. La vie se charge de nous déplacer, de nous bouger en nous-mêmes ! Mais l’amour pour le Seigneur est notre solidité, notre continuité, notre confiance, notre paix. A chaque étape de notre vie, nous entendons le Seigneur nous redire : « Suis-moi ». Et souvent, pour nous, prêtres, cela passe par les appels de l’Eglise pour des missions nouvelles. Aussi Nicolas, promettras-tu tout à l’heure de vivre en communion avec ton évêque et ses successeurs dans le respect et l’obéissance.
J’aime à voir Pierre et Jean au début de leur ministère, comme nous le rappelait la première lecture, être attentifs au mendiant de la Belle Porte et lui proposer le Christ comme Celui qui peut le remettre debout et lui permettre de marcher. J’aime les voir dans cette attitude du berger des brebis attentif à celles qui sont blessées, qui mendient un peu de respect, de compassion, qui voudraient repartir dans la vie. J’aime voir l’annonce du Christ jointe à l’attention aux besoins des personnes. J’aime voir l’annonce du Christ proposée comme la rencontre qui renouvelle profondément la vie et permet de se relever ou de se tenir debout. J’aime à voir les ministres du Seigneur, libres par rapport à l’argent et à l’or, pour ne pas obscurcir l’annonce du Christ par des visées trop individuelles ou intéressées. « Je n’ai pas d’or ni d’argent. Mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ, le Nazaréen, lève- toi et marche. »
Nicolas et Guillaume, vous mes frères prêtres, et vous aussi mes frères baptisés, nous n’avons rien d’autre à donner que Jésus-Christ, dont la rencontre sauve et met debout. Lui-même n’a rien donné d’autre que Lui-même. Lui-même nous a sauvés en faisant de sa vie un don pour la multitude. C’est ce que nous rappelons à chaque eucharistie. C’est ce que le sacrement de la réconciliation rappelle à ceux qui s’en approchent. De ces deux sacrements, tu deviens ministre, Nicolas. Tu le deviens pour les autres. Mais tu dois d’abord t’en nourrir.
Frères et sœurs, ensemble, prêtres, diacres, laïcs, chacun selon notre vocation, soyons témoins de l’amour de Dieu qui sauve, de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ. Soyons une Eglise fraternelle et ouverte, enracinée en Christ et tournée vers ses frères, une Eglise qui ne vit pas pour elle-même, mais qui donne sans compter ce qu’elle a reçu gratuitement : la foi en ce Dieu d’amour qui « a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils, son Unique, pour que tout homme qui croit en Lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par Lui ».
Qu’Il nous garde fidèles. Qu’Il bénisse en ce jour Nicolas et Guillaume qui vont devenir prêtre et diacre pour le service de Dieu et celui de leurs frères.
Amen.
+ Georges Pontier
Archevêque de Marseille
Prière du mois
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